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Contre-indications du sauna : qui doit s'abstenir ou demander un avis
Cœur, tension, médicaments, alcool, fièvre, grossesse, enfants : ce que disent les revues médicales et les notices, et quand demander l'avis d'un médecin.
· 9 min de lecture

Pour la plupart des adultes en bonne santé, la chaleur d’un sauna est bien tolérée : c’est la conclusion des revues médicales finlandaises. Mais la séance impose au cœur un effort comparable à un exercice modéré, fait baisser la tension à la sortie et déshydrate. Certaines maladies, certains médicaments et certaines situations rendent cet effort risqué. Ce guide rassemble ce que disent les revues médicales et les notices des fabricants. Il ne remplace pas l’avis de votre médecin.
Ce que la séance demande au corps
Pendant une séance, le pouls accélère et la tension monte, puis la tension redescend sous son niveau de départ dans l’heure qui suit : notre guide sur les bienfaits du sauna détaille ces mesures. S’y ajoutent la transpiration, qui fait perdre de l’eau, et le passage de la position assise à la station debout, au moment où les vaisseaux de la peau sont dilatés.
Une revue publiée en 2026 par des urgentistes japonais (Yokoyama et al.) décrit ce que ce mélange provoque chez les personnes fragiles : malaise et perte de connaissance, chute de tension, trouble du rythme ou ischémie cardiaque, coup de chaleur, déshydratation avec atteinte des reins, chutes et, dans l’eau, noyade. Ces accidents restent rares. En Finlande, où l’on compte près de deux millions de saunas, Kenttämies et Karkola ont relevé moins de deux décès par an pour 100 000 habitants survenus dans un sauna entre 1990 et 2002.
Les maladies du cœur : ce qui est contre-indiqué, ce qui se discute
| Situation | Ce que disent les sources | Source |
|---|---|---|
| Angor instable, infarctus récent, rétrécissement aortique serré | Contre-indications | Hannuksela et Ellahham, 2001 |
| Hypertension non contrôlée, valvulopathie sévère | Prudence ou abstention conseillées | Revue de Laukkanen et Kunutsor, 2024 |
| Angor stable, infarctus ancien | Sauna jugé sûr pour la plupart de ces patients | Hannuksela et Ellahham, 2001 |
| Hypertension, maladie coronarienne ou insuffisance cardiaque traitées et stables | Pas de risque particulier relevé | Kukkonen-Harjula et Kauppinen, 2006 |
| Insuffisance cardiaque | Longtemps contre-indiquée ; étudiée depuis dans des protocoles encadrés | Blum et Blum, 2007 |
Le résumé de la revue de 2001 l’écrit sans détour : « Contraindications to sauna bathing include unstable angina pectoris, recent myocardial infarction, and severe aortic stenosis. » Il ajoute que le sauna est sûr pour la plupart des personnes atteintes d’une maladie coronarienne à angor stable ou d’un infarctus ancien.
Deux nuances s’imposent. D’abord, ces revues s’appuient surtout sur des études sans groupe témoin, menées chez des Finlandais habitués au sauna depuis l’enfance, comme le signalent Kukkonen-Harjula et Kauppinen. Ensuite, « stable » est un diagnostic, pas une impression : une petite étude citée par Yokoyama (Giannetti et al., 1999) a observé chez des coronariens une irrigation du cœur moins bonne pendant le sauna qu’au repos. Les protocoles de sauna étudiés chez les insuffisants cardiaques, décrits dans notre guide sur le sauna infrarouge, se déroulent sous surveillance médicale et ne se transposent pas à une cabine de jardin.
Tension basse, médicaments et malaise à la sortie
Le moment le plus délicat est souvent la sortie. Kukkonen-Harjula et Kauppinen notent que les médicaments ne posaient en général pas de problème pendant le bain, à l’exception des antihypertenseurs, qui peuvent favoriser une chute de tension en se levant après la séance. La revue de Yokoyama ajoute les diurétiques, qui réduisent déjà le volume de sang, les bêtabloquants, qui freinent l’accélération du cœur, le diabète avec atteinte des nerfs qui règlent la circulation, et l’insuffisance rénale.
Une revue japonaise de 2026 (Yamasaki et al.) relève, après un bain de chaleur, des baisses de la pression systolique de 11 à 27 mmHg dans les 24 heures, plus marquées selon quelques petites études chez les personnes sous bêtabloquants, et juge la marge de sécurité insuffisamment connue chez les personnes âgées fragiles. Si votre tension est habituellement basse, si vous prenez un traitement pour le cœur ou la tension, ou si vous avez déjà eu un malaise en sortant d’un bain chaud, parlez-en à votre médecin avant d’installer un sauna.
L’Assurance maladie range par ailleurs le sauna et le hammam parmi les sources de chaleur à éviter en cas d’insuffisance veineuse, parce que la chaleur dilate les veines des jambes.
L’alcool, les drogues et les médicaments qui endorment
C’est le facteur de risque le mieux documenté. Hannuksela et Ellahham écrivent que l’alcool pendant le sauna augmente le risque d’hypotension, d’arythmie et de mort subite, et « should be avoided ». Dans l’étude de Kenttämies et Karkola, la moitié des personnes décédées dans un sauna étaient sous l’effet de l’alcool, et les auteurs recommandent de ne jamais laisser seul un baigneur ivre. La revue de Laukkanen et Kunutsor (2024) cite une étude sur les brûlures : 26 % d’entre elles étaient liées au sauna, et l’alcool intervenait dans 40 % de ces accidents.
Les notices vont dans le même sens. Harvia écrit : « Never go to a hot sauna if you have taken alcohol, strong medicines or narcotics. » La notice Tylö Kiruna proscrit le sauna après de l’alcool, des drogues ou des médicaments prescrits qui augmentent le risque d’hyperthermie.
Fièvre, infection, peau
La revue de Laukkanen et Kunutsor cite la fièvre, les plaies de la peau, l’urticaire et certaines infections parmi les situations qui appellent à la prudence. Yokoyama recommande d’éviter le sauna pendant une maladie aiguë ou une poussée d’une maladie chronique : la fièvre, l’infection ou la déshydratation augmentent la chaleur accumulée par le corps et l’effort de la circulation. Hannuksela et Ellahham notent enfin que la sueur peut aggraver les démangeaisons de l’eczéma atopique. L’idée de « transpirer un rhume » ne repose sur rien de solide : notre guide sur les bienfaits du sauna montre la faiblesse des études sur les rhumes.
Grossesse : des sources qui ne disent pas la même chose
Hannuksela et Ellahham jugent le sauna sûr lors d’une grossesse sans complication chez une femme en bonne santé, et Kukkonen-Harjula et Kauppinen n’ont pas trouvé d’effet indésirable, sauf en cas de prééclampsie. À l’inverse, le Collège américain des obstétriciens (ACOG) répond « It’s best not to » à la question du sauna en début de grossesse, en raison d’études qui associent la chaleur du premier trimestre à des malformations. Devant ce désaccord, la seule réponse raisonnable est de demander l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin.
Les enfants
Les données viennent de Finlande. Dans une étude de 1990 sur 61 enfants et 20 adolescents et jeunes adultes, soumis à 10 minutes de chaleur reproduisant un sauna, la tension a baissé à la sortie chez les moins de 10 ans, et deux malaises vagaux sont survenus. Chez les moins de 5 ans, le volume de sang éjecté à chaque battement a chuté d’un tiers. Les auteurs concluent qu’il faut surveiller attentivement les petits enfants. Une étude voisine a relevé une pause cardiaque de 3,3 secondes chez une fillette de 5 ans jusque-là en bonne santé.
Harvia demande de ne pas laisser les jeunes enfants se baigner seuls, de les tenir éloignés du poêle, et de demander conseil au service qui suit la santé de l’enfant avant d’emmener un bébé au sauna. Jokinen notait en 1988 qu’il n’existait aucune règle établie pour les enfants.
Le bain froid après la séance
Plonger dans l’eau froide en sortant n’a rien d’obligatoire. La revue de Laukkanen et Kunutsor signale que ce passage brutal du chaud au froid peut provoquer des réactions indésirables chez les personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire, avec un risque de trouble du rythme, en particulier après un infarctus récent. L’Anses rappelle aussi que les variations brutales de température peuvent ralentir le rythme cardiaque. Harvia réserve d’ailleurs la baignade après le sauna aux personnes en bonne santé.
Les autres questions de santé liées à la chaleur, du hammam au spa, sont rassemblées dans le rayon Se baigner.
Sources
Sources relues le 29 septembre 2026.
- Hannuksela M.L., Ellahham S. « Benefits and risks of sauna bathing ». American Journal of Medicine, 2001, 110(2):118-126. PMID 11165553 (résumé).
- Kukkonen-Harjula K., Kauppinen K. « Health effects and risks of sauna bathing ». International Journal of Circumpolar Health, 2006, 65(3):195-205. PMID 16871826 (résumé ; texte intégral inaccessible).
- Laukkanen J.A., Kunutsor S.K. « The multifaceted benefits of passive heat therapies for extending the healthspan : A comprehensive review with a focus on Finnish sauna ». Temperature, 2024, 11(1):27-51. PMID 38577299, PMC10989710 (texte intégral, section « Adverse effects of passive heat therapies »).
- Yokoyama R. et al. « Acute Heat Exposure-Related Illness : A Unified Emergency Medicine Framework for Hot Baths, Hot Springs, and Saunas. A Narrative Review ». Journal of Clinical Medicine, 2026, 15(5):1910. PMID 41827327, PMC12986314 (texte intégral).
- Yamasaki S. et al. « Acute blood pressure responses and safety considerations in heat therapy interventions : A narrative review ». Complementary Therapies in Medicine, 2026, 98:103341. PMID 41794190 (résumé).
- Blum N., Blum A. « Beneficial effects of sauna bathing for heart failure patients ». Experimental and Clinical Cardiology, 2007, 12(1):29-32. PMID 18650976 (résumé).
- Kenttämies A., Karkola K. « Death in sauna ». Journal of Forensic Sciences, 2008, 53(3):724-729. PMID 18471223 (résumé).
- Jokinen E. et al. « Children in sauna : cardiovascular adjustment ». Pediatrics, 1990, 86(2):282-288. PMID 2371104 ; Jokinen E., Välimäki I. « Children in sauna : electrocardiographic abnormalities ». Acta Paediatrica Scandinavica, 1991, 80(3):370-374. PMID 1709773 ; Jokinen E. et al. « The sauna and children ». Annals of Clinical Research, 1988. PMID 3218902 (résumés).
- American College of Obstetricians and Gynecologists, « Can I use a sauna or hot tub early in pregnancy ? », Ask ACOG, septembre 2021.
- Anses, Évaluation des risques sanitaires liés aux piscines. Partie II : bains à remous, rapport d’expertise collective, saisine 2007-SA-0409, juin 2012 modifié en mars 2014, chapitre 7.5.
- Assurance maladie, ameli.fr, « Préserver le capital veineux de ses jambes », consulté le 29 septembre 2026.
- Harvia, Instructions for Installation and Use of Electric Sauna Heater BC45 à BC90E, édition 16102014, chapitres 1.5 et 1.6.
- Sauna360, « Tylö Kiruna 1 / Kiruna 2, Installation and Operating Instructions », réf. 71-0185, révision C, 26/09/2024.
Vos questions
Quelles sont les contre-indications du sauna ?
La revue de Hannuksela et Ellahham (2001) cite l'angor instable, l'infarctus récent et le rétrécissement aortique serré. Des revues plus récentes y ajoutent une hypertension non contrôlée, une valvulopathie sévère, la fièvre et certaines infections. Toute maladie cardiaque, un traitement ou une grossesse justifient un avis médical.
Peut-on aller au sauna avec de la tension ?
Une hypertension traitée et stable n'a pas paru particulièrement risquée dans la revue de Kukkonen-Harjula et Kauppinen (2006), qui signale en revanche que les antihypertenseurs peuvent favoriser une chute de tension au lever après la séance. Une hypertension non contrôlée figure parmi les situations à éviter : parlez-en à votre médecin.
Un enfant peut-il aller au sauna ?
Les études finlandaises de Jokinen montrent une forte sollicitation de la circulation chez l'enfant, avec deux malaises vagaux sur 81 jeunes participants. Les auteurs demandent de surveiller attentivement les petits, et Harvia de ne jamais les laisser seuls dans la cabine.
Pourquoi l'alcool est-il interdit au sauna ?
Il augmente le risque d'hypotension, de trouble du rythme et de mort subite selon Hannuksela et Ellahham. En Finlande, la moitié des personnes décédées dans un sauna entre 1990 et 2002 étaient sous l'effet de l'alcool.


